L'univers "Les Damoclès"

L’univers des Damoclès est un bac à sable dans lequel Nicolas Tisserand s’amuse à créer des histoires.

Le but ? Expérimenter à quoi pourrait ressembler nos sociétés si le compas qui oriente les décisions politiques de notre époque venait à changer drastiquement de direction. La volonté de produire des horizons qui donnent envie n’empêche pas de croiser des teintes plus sombres, enragées qui rappellent les luttes indispensables à ces changements.

Définition extraite du livre

Les Damoclès

Nom m. pl. : période historique ≃ 2020 à 2050.

Éléanore Maricho et Ernest Estudi :
Extrait du discours de clôture du symposium de recherche historique sur les Damoclès, 2086.

« […] Si l’on devait résumer la plus grande difficulté des historiens et historiennes qui étudient des époques anciennes, comme le Moyen Âge ou l’Antiquité, nous pourrions parler du manque de données et d’informations factuelles. Pour les historiens et historiennes qui se penchent sur ce morceau d’histoire récente que représente la période des Damoclès, la plus grande difficulté est de réussir à suivre le fil de chaque fait, chaque événement, chaque élément déclencheur pour réussir à reconstituer cette galaxie d’interactions qui a fait émerger les changements de société les plus importants que l’humanité ait connu.

En effet, nos recherches sur cette période nous ont appris plusieurs choses : il est vain de vouloir comprendre le point de départ de ce changement de paradigme. Il est tout aussi vain de vouloir trouver des responsables ou des grand.es stratèges qui l’auraient organisé.es. Les fils n’étaient tenus par personne, il y en avait beaucoup trop et ils se démultipliaient à chaque instant.

« D’après la légende grecque, Damoclès, courtisan du roi Denys l’Ancien, flattait souvent le monarque à propos de ses richesses et du bonheur attaché à sa condition. Pour faire comprendre à Damoclès combien ce bonheur était précaire, le roi l’invita un jour à un banquet où Damoclès était attablé avec une épée suspendue au-dessus de sa tête ; mais cette épée n’était retenue que par un crin de cheval. »

Ce mythe donnera son nom à cette période historique quand pour la première fois, en 2035, le terme « les Damoclès » sera utilisé lors du discours à cinq voix prononcé pour l’ouverture des travaux préparatoires à de nouvelles sociétés :

« […] Au-dessus de chaque institution, chaque système coercitif, chaque personne de pouvoir se trouvait une épée qu’ielles avaient oublié.es, enveloppé.es dans le confort qu’offrait leur puissance fragile. Quelle que soit l’échelle : d’une Z.A.D devant un étang, en passant à des milliers d’étudiant.es demandant des comptes sur l’état de leurs universités, jusqu’à un pays entier qui se met en grève. Quel que soit le
moyen : juridique, politique, festif, légal ou illégal, contre-violent, sabotage ou espionnage, les vingt dernières années ont été passées à faire tomber chacune de ces épées. Et la chute de chacune d’elles, que ce soit sur la tête d’un.e président.e, d’une entreprise, ou d’une croyance, en a entraîné d’autres, même si nous en avons parfois payé le prix fort. Et année après année les effets du changement se sont vus devenir exponentiels. Il reste des épées à décrocher et nous n’oublierons jamais celles au-dessus de nos têtes, mais nous venons de traverser les Damoclès et nous ouvrons ces assises pour décider de notre futur. »

Malgré le ton de cet extrait et les souvenirs des événements les plus marquants de ces années, ce serait une hérésie de parler d’une période « révolutionnaire ». Au mieux, elle a pu être « volutionnaire » comme le prescrivait le poète Damasio. Il n’a pas été question de « re-faire » ou de « re-tourner vers » ou de « re-prendre des luttes oubliées », il a été question de freiner un train qui allait droit au mur, de faire
tomber des idées montées en idoles comme le Travail, et de passer à la subsistance.

La seule image qui tienne pour illustrer cette époque est celle d’un verre qui explose sous la voix d’une cantatrice : la mise en résonance.

La résonance des maux, la résonance des luttes, la résonance des corps et des cœurs. »

Un univers solarpunk ?

« Le Solarpunk sans anticapitalisme luttes sociales politisation ,
c'est de la décoration »

Anonyme

Le Solarpunk est une construction récente, mouvement littéraire mis en opposition du cyberpunk pour certain.es, d’urbanisme, d’architecture pour d’autre qui n’a pour le moment produit que très peu d’œuvres majeures « mainstream » et qui pourtant est la proie d’une appropriation à priori par le capitalisme qui le tord déjà vers un technosolutionnisme vert, coloré, bien arboré mais vidé de sa substance (ré)volutionnaire et décroissante.

Le travail autour des Damoclès consiste à produire une société qui puisse donner envie et qui trouve son origine non pas dans l’avènement d’une nouvelle source d’énergie miraculeuse mais dans la capacité humaine à faire avec l’existant, tant matériellement que philosophiquement. C’est une société qui s’est construite grâce aux luttes sociales d’aujourd‘hui et qui a pris des décisions politiques fortes et réellement orientées vers la création d’une meilleur vie pour les Humain.es et tout ce qui les entoure. À quoi ressemblerait la société si nous partagions la charges de choisir et fabriquer ce que nous produisons ? À quoi ressemblerait la société si les richesses étaient réellement équitablement réparties ? Quels organes politiques feraient advenir ces sociétés, lesquels les feraient tenir ? Parcourir les Damoclès, c’est se balader dans ce dédale de questionnement.

L’univers des Damoclès ne consiste pas en une utopie naïve mais bien un exercice d’anticipation qui applique des déjà existants théoriques ( société de subsistance, propriété d’usage, répartition de la richesse par des moyens différents, municipalisme libertaire, communisme etc. ) à une société où le peuple a pu reprendre les commandes des mains des dominants et grandir avec ces nouveaux paradigmes au point de les considérer comme évidents, naturels.

La lutte des imaginaires

Beaucoup de dystopies et d’œuvres de cyberpunk qui tirent leurs sources dans le post-apocalyptique et/ou des sociétés fascisantes proposent des critiques pertinentes de nos sociétés ou plus généralement du capitalisme.

Pourtant, l’imaginaire qu’ils déploient semble parfois prendre le dessus sur leurs messages politiques au point qu’il est devenu plus facile d’imaginer un avenir chaotique qu’un avenir radieux. Il faut pouvoir « rendre possible » une idée dans la tête des gens avant de pouvoir la mettre en œuvre dans la vie réelle. Un avenir radieux est possible mais nous manquons peut être de référence. Il est plus simple de se dire « nous sommes dans 1984 » ou « le monde va ressembler à I-robot » plutôt que « nous allons avoir une société plus juste, plus égalitaire et en lien avec la nature. »

Voilà l’édifice dans lequel les Damoclès essaie de poser une pierre : ré-enchanter les perspectives et désincarcérer le futur.